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EPISODE 1- L'ordre de la Vipère

EPISODE 1- L'ordre de la Vipère
Les cris stridents et rauques se mêlèrent une ultime fois, augmentèrent jusqu'à l'extrême, et Judith perçut les sursauts de la foule massée autour d'elle. Ses tympans étaient encore emplis de ces rugissements de bête lorsque les flammes s'élevèrent autour d'elle. La température augmentait rapidement, et bientôt, la fumée l'empêchait de distinguer les visages de ceux qui la regardaient. Les flammes léchaient ses pieds, et elle tentait de se libérer de leur baiser mortel, mais les chaînes l'en empêchaient, lui maintenant les chevilles soudées ensemble. Bientôt ce fut la poutre de bois qui s'enflamma, et le feu rampa le long de sa colonne vertebrale, se percha sur ses épaules. La fumée l'étouffait, et chaque inspiration était vide d'oxygène. La brûlure s'étendit sur sa poitrine, et embrassa son cou. Judith leva la tête, ses longs cheveux crépitaient dans les flammes, sa bouche s'ouvrit une ultime fois pour chercher l'air, ses yeux s'écarquillèrent, la douleur intense augmentait alors que les flammes venaient à bout de sa peau, et la sorcière du village poussa son dernier cri.

Judith s'assit brusquement dans son lit, et cessa de hurler. Elle passa une main sur sa gorge, et attendit que la sensation d'étouffement se dissipe tout à fait. Elle était en sueur et son large pyjama bleu, en coton, collait à son corps tremblant. C'était toujours le même rêve, celui où elle brûlait vive sur la place du village, enchaînée à une poutre dressée sur un tas de bois et de paille. Avant d'allumer le bûcher, la populace lui jetait des chats égorgés. Tous se prêtaient à ce jeu morbide, les vieux, les enfants, les femmes, les hommes, les mendiants comme les bourgeois. Elle les affrontait en silence, sans pleurer ni se révolter, patiente.
Ce rêve obsédant, Judith le faisait depuis des années, depuis son enfance, toujours le dimanche soir, immanquablement. Elle se réveillait toujours à la même heure, de manière inéluctable. Tous les remèdes avaient été tentés pour la débarasser de ce cauchemar terrible, mais il revenait sans cesse.
Sans cesse.

La main de Judith alla se poser sur la table de nuit, caressa le bois en contreplaqué, puis trouva l'interrupteur. Une petite lampe à abat-jour rose pâle illumina la chambre d'étudiante de la jeune fille. Sa couette était recouverte d'une housse rose également, et elle apperçut son bureau en désordre, ainsi que son placard où elle avait collé quelques photographies de paysages loitain. Puis, sur tous les murs, elle vit s'aligner des petits papiers punaisés à la hâte, sur lesquels elle notait les rêves et les visions qui lui venaient. Son coeur ralentit, alors qu'elle constatait avec soulagement qu'elle était bien dans sa chambre.
Il lui était déjà arrivé de se réveiller ailleurs, dans des endroits inconnus. C'était pour cela que Judith portait ces pyjamas classiques, larges, faits d'une chemise à larges boutons et d'un pantalon, et qu'elle gardait des chaussettes pour dormir: au cas où elle se retrouverait ailleurs. Elle avait pensé, bien sûr, à des crises de somnambulisme, mais il lui était arrivé, une fois, de se réveiller en Irlande.
Pendant longtemps, elle avait dormi avec son sac à main et ses papiers, parfois avec ses chaussures, mais cette année avait bien commencé, puisqu'elle s'était toujours réveillée dans la cité universitaire. Pas toujours dans sa chambre, certes, mais au moins, le périmètre s'était considérablement réduit.
Judith posa les pieds par terre, et s'assit au bord de son lit. Ses mains repoussèrent ses cheveux noirs, mi-longs, lisses mais volumineux, et frottèrent son visage pâle, piqueté de tâches de rousseur à peine visibles, concentrée sur son nez court et rond. Ses yeux verts s'ouvrirent et se fermèrent doucement.

- Judith? Ca va? Demanda une voix de petite fille.
Judith ne se retourna même pas.
- Je t'ai déjà dit de me laisser tranquille, Lise. Soupira-t-elle.
- T'es pas marrante...Je suis toujours toute seule, moi.
Judith tourna la tête, et vit devant elle la petite fille blonde, aux cheveux bouclés, qui portait toujours son chemisier rose, taché de terre, et son bermuda élastique, bleu, décoré de papillons roses, sur lequel tombait une banane verte, agrémentée d'un dessin d'ourson. Ses baskets originellement blanches étaient couvertes de boue, qui salissait allègrement la moquette délavée de la chambre de Judith.
- Lise, j'ai fait ce que j'ai pu. La police m'a montré des tas de Lises disparues, mais tu n'en fais pas partie. Tu es sûre que tu t'appelles comme ça?
La petite fille parut pensive.
- C'est comme ça qu'il m'appelait. Le croque-mitaine. Répondit elle.
Judith se leva avec difficulté, et écarta les bras en signe d'impuissance.
- Tu es là depuis six ans, Lise. Je ne sais pas qui est ton croque-mitaine.

Quelqu'un frappa quelques coups à la porte.
Une voix masculine tonna.
-Judith! Judith! Tu vas bien? Je défonce la porte!

Judith contourna Lise, qui la regardait avec amusement, et se précipita sur la porte de sa chambre, qu'elle ouvrit à moitié.
Un immense garçon aux épaules larges la regardait en immitant assez pitoyablement le regard pénétrant de Superman, et à côté de lui se tenait une jeune fille dont les cheveux blonds étaient retenus en queue de cheval haute, qui portait un débardeur blanc couvrant à peine sa poitrine opulente, et un pantalon de jogging posé excessivement bas sur les hanches.

-Je vais très bien, Gus. Je t'assure...Dit elle, s'efforçant de sourire. Gus était le gros-bras du campus, et il essayait de faire oublier qu'il s'appelait Gustave en pratiquant des sports de combat et en enchaînant les conquêtes féminines. Elles tombaient toutes dans le panneau, mais l'amour n'avait jamais fait partie des préoccupations de Judith.

- Okay. Marie m'a appelé en me disant que tu avais hurlé...J'ai cru que quelqu'un t'agressait....

- Non, non! Le rassura Judith, en jetant un regard assassin à Marie, qui signifiait "Tu n'aurais pas pu trouver un autre moyen d'entrer dans sa chambre????"

- Oh, c'est moi qui ai du faire un cauchemar...Maintenant je ne pourrai plus dormir....Minauda Marie, battant des cils en direction de Gus.

- Tu devrais rester avec elle, Gus! Lâcha Judith avant de claquer la porte.

Elle s'appuya contre le battant, et poussa un profond soupir.
- Il a l'air très fort! Dit Lise.
Judith haussa les épaules.
- Il a surtout l'air très con, si tu veux mon avis...

Lise étouffa un petit rire.
Mais Judith ne l'entendit pas. Un flash de lumière aveuglante la figea, et, fugitivement, elle vit un homme, torse nu, tirer dans un bois le cadavre sanglant d'une biche, dont le cou avait été dévoré. La vision s'arrêta là, et la jeune étudiante revint à la réalité.

- Judith? Hasarda la voix de Lise. Tu as eu une autre vision?

Judith hocha doucement la tête, et se laissa glisser au sol, contre le battant de la porte.
- Je crois que nous avons un loup-garou dans les parrages. Ou bien un vampire. Chuchota-t-elle.
- Mais toujours pas de croque-mitaine? Demanda Lise, une lueur d'espoir brillant dans ses yeux bleus.
- Non, Lise. Pas de croque-mitaine. Répondit Judith.
- Je viendrai te voir plus tard. Tu devrais dormir. Dit Lise d'un ton déçu.

Le temps que Judith cligne des yeux, et la petite fille n'était plus là, laissant derrière elle quelques traces de boue.
Judith soupira, et alla s'effondrer sur son lit.


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Le jeune homme attendait sous le porche de l'immeuble, à l'abri de la pluie. Il portait une veste de cuir noir, et un pantalon de costume, ainsi que des mocassins noirs et parfaitement lustrés. Il était de haute stature, à la taille et aux hanches incroyablement minces, mais aux épaules larges et fortement marquées. Sous sa chemise de beau tissu, noire elle aussi, on devinait des muscles tendus et discrets, mais très performants. Des cheveux bruns tombaient devant ses yeux noirs, dissimulant le gauche entièrement. Il arborait un léger sourire, narquois et cruel. Sa peau était incroyablement blanche. Sa main gauche portait à l'annulaire un anneau d'argent figurant une tête de vipère aux yeux de rubis.
Un autre homme, du même âge et vêtu exactement comme lui émergea d'une ruelle et le rejoignit en quelques enjambées sous le porche. Lui était très blond, à la mâchoire carrée, aux pommettes saillantes, et ses yeux gris paraissaient voir chaque détail. Il avait l'air plus musclé que l'homme aux cheveux bruns, mais était légèrement plus petit. Il portait la même bague.

- Alors? Demanda le brun, d'une voix légèrement râpeuse et nasillarde, mais non dépourvue de charme.
- J'ai trouvé la sorcière. Répondit l'autre, d'une voix aussi grave et profonde que son regard.
- Formidable. Quand pourrons nous disposer d'elle?
- Je l'ai observée. Je pourrai tenter un enlèvement à la fin de la semaine.
- Parfait....Persiffla le brun.
Le blond l'observa et eut un léger tic de dégoût.
- Surtout n'oublie pas: je veux être celui qui lui portera le coup de grâce! Dit le brun. Sur quoi il sortit de sous le porche, et marcha jusqu'à la berline noire qui venait de se garer près du trottoir.
- Avec plaisir, connard...Marmonna le blond. Il cracha par terre, puis rejoignit son confrère.
La berline aux vitres fumées démarra dans la nuit, et personne n'était là pour voir le trou de quelques centimètres de profondeurs que la salive du jeune homme aux yeux gris avait laissé dans le goudron...[/
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# Posté le jeudi 20 décembre 2007 08:17

Modifié le jeudi 20 décembre 2007 08:42

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