Inattendu

Inattendu
Judith n'eut pas le temps de voir ce qui se produirait, dans ce vieux château, après que les deux femmes n'aient barricadé les portes. Elle croyait deviner que toute cette histoire se terminerait mal, que cette femme, cette sorcière, Suzanne, aux beaux yeux obscurs et soucieux, qui portait l'enfant d'un chevalier, finirait par y perdre la vie.

Des mains touchèrent son corps, l'allongèrent, et, peu à peu, elle se remit à voir le présent. Des visages soucieux se penchaient vers elle, et elle contemlait le toit du bus, où étaient fixées de barres de métal qui brillaient étrangement.
- Mademoiselle? Vous allez bien? Demanda une voix nasillarde.

Judith constata que le bus s'était arrêté, et que la conductrice la fixait d'un regard inquiet. Elle se releva. C'était certain, elle serait en retard pour le cours de sociologie.

Des tas d'yeux la suivaient.
- Vous ne voulez pas que j'appelle une ambulance? Demanda la conductrice.

Judith déclina l'offre. Une ambulance. Surtout pas.

- C'était une crise de spasmophilie, rien de plus. Un peu effrayant, mais pas bien grave. Mentit Judith.

Au moment où elle se retourna, son regard croisa deux iris d'un bleu glacé, surmontés de sourcils blonds pâles. La jeune fille eut un mouvement de recul. Elle reconnut tout à coup la carrure, le visage digne d'une statue grecque, les cheveux pâles, et le regard d'acier qui s'était laissé attendrir par la beauté et l'intelligence de Suzanne.
Dans sa tête, tout se mélangea soudain, elle était quasiment certaine qu'il ne faisait pas partie de l'univers magique. Ce n'était ni un vampire, ni un croque-mitaine, ni un sorcier, ni un loup-garou. Certes, son âme était très âgée, mais il pouvait très bien être une réincarnation.

La conductrice ordonna à tout le monde de reprendre sa place, et redémarra son engin. Elle venait de perdre, elle aussi, du temps sur son itinéraire.


Judith suivit les cours de la matinée avec autant de motivation que possible, le chevalier du bus occupant toujours ses pensées.

Aux alentours de midi, elle sortit de l'amphi, bouscula ceux qui discutaient dans les couloirs, puis rejoignit Marie devant l'université.
Elle portait une veste en jean ouverte sur un pull d'un rouge criard, une longue écharpe de laine blanche, et ses longues jambes charnues et galbées étaient joliment moulées dans un caleçon noir. Elle portait des bottines d'un bleu vif. Marie avait un don pour avoir des chaussure extravagantes, mais cela n'avait pas d'importance, puisque tout le monde, garçon ou fille, jeune ou vieux, avait les yeux rivés sur ses fesses ou sa poitrine.
Marie n'avait aucune amie, hormis Judith. Aucune fille n'aurait voulu qu'elle rencontre son petit ami.
Les deux jeunes filles, l'une sur laquelle se fixaient tous les regards, et l'autre sur laquelle ils glissaient, s'éloignèrent ensemble en direction de la sandwicherie la plus proche.

- Alors, Ma Soeur? Bonne matinée? Demanda Marie, en allumant une cigarette.
Ma Soeur était le surnom qu'elle donnait à Judith, qui, à ses yeux, faisait figure de sainte.

- Oui. Super. Mentit Judith. Et toi, ta nuit? Enchaîna-t-elle pour détourner la conversation.

- Bof. Gus est surtout une grande gueule...Répondit Marie en haussant les épaules.

Elles tournèrent dans une rue moins fréquentée du centre.

- Tu sais, je t'ai vraiment entendu crier, l'autre soir. Dit Marie, en baissant légèrement la voix.
- C'était un cauchemar. Rien de bien important...Dit Judith en secouant la tête.
- Un jour il faudra que tu m'expliques...Soupira Marie.
- Que j'explique quoi?
- Ce qui s'est passé pendant ton enfance pour que tu sois comme ça...
- Comme quoi, s'il te plaît? Fit Judith, en levant les sourcils.
- Oh te fous pas de moi. Tu fais des cauchemars, tu t'habilles comme l'as de pique, tu te caches, tu n'as aucun petit ami, et pour autant que je sache, je suis la seule à qui tu adresses la parole. Enuméra Marie, en tirant sur sa cigarette.

Judith haussa les épaules.
Son enfance avait été plutôt mouvementée, c'était vrai. Ses dons bizarres avaient failli rendre ses parents fous. Ils passaient parfois deux jours à chercher leur fille qui avait disparu pendant la nuit, et ce à moins de 5 ans. Judith était une gamine étrange, qui restait en contemplation des heures durant, qui paraissait voir des choses invisibles, et qui discutait avec des gens qu'elle était la seule à voir. Sa mère tablait sur de l'autisme léger, et son père sur une aliénation mentale.
Pour finir, aux alentours de sept ans, ils avaient envoyé leur fille chez son grand-père. Le vieil homme vivait avec son frère et sa mère, et tous les trois, dans une vieille maison de campagne, ils avaient convaincu Judith de parler avec les vivants. Jusque là, elle ne s'adressait qu'aux morts.
C'était son arrière grand mère, une dame ridée comme un vieux fruit, qui lui avait dit qu'elle était sorcière. Elle la croyait, l'écoutait, et la considérait saine d'esprit. Son grand père et son grand oncle étaient des hommes bons, taciturnes mais aimants, et, tous les trois, ils avaient fait en sorte qu'elle soit en mesure de vivre parmi les non-morts. C'était grâce à eux si Judith était capable de faire des études, et lorsqu'elle rentrait, pendant les vacances, elle ne retournait pas chez elle, mais chez son arrière grand-mère, qui, malgré son âge, semblait en meilleure forme que ses fils.

Tout cela, elle ne l'avait jamais dit à Marie, ni à qui que ce soit. Elle avait toujours un mal fou à faire confiance à ses contemporains, et ne trouvait jamais rien à leur dire. Ils ignoraient la véritable solitude, celle qui vous bannit à tout jamais du monde. Ils ignoraient la peur, l'angoisse, la sensation de disposer en soi d'une force incontrôlable, d'être au ban de la réalité. Judith n'avait presque rien à leur dire.

Marie et elle mangèrent un sandwich en se moquant des maigres performances nocturnes de Gus.
Judith retourna en cours l'après-midi, accompagnée pendant quelques heures par Lise, qui allait et venait, écoutait ce qui l'intéressait, puis se balladait dans l'amphi. Ensuite, la jeune fille et son âme errante se rendirent à la bibliohtèque, et Judith révisa avant de feuilleter l'encyclopédie. Elle le faisait surtout pour Lise. Lise disait une lettre, au hasard, et Judith devait lui trouver une personne dont le nom commençait par cette lettre. Parfois, Judith se demandait ce qui se passerait si elle finissait par trouver le croque-mitaine de Lise, et que celle-ci s'en allait. Elle s'était tellement habituée à sa présence.

Pour finir, Lise s'en alla aux alentours de 19 heures, et comme il faisait déjà nuit, Judith décida de rentrer. Elle lut quelques lignes d'un livre d'histoire dans le bus, s'arrêta à son immeuble, puis monta à pas silencieux jusqu'à sa chambre.
La minuterie du couloir s'éteignit au moment où elle mettait sa clé dans la serrure, et elle ne prit pas la peine de la rallumer.
Judith poussa la porte de sa chambre, et avant même qu'elle n'ait pu atteindre l'interrupteur qui commandait l'applique murale derrière son lit, quelque chose l'attira dans l'obscurité.
Une main se posa sur sa bouche, et une autre la ceintura au niveau des coudes. Son assaillant avait une force considérable, et Judith poussa un cri étouffé.
- Je ne vous veux aucun mal...Murmura une voix masculine.

La main qui était plaquée contre sa bouche s'écarta, et Judith poussa un cri, qui fut interrompu lorsque la large paume lui couvrit à nouveau les lèvres. Judith tenta de se dégager de l'étreinte du mystérieux inconnu, en vain. Sa peur l'envahissait, battait à ses tempes. Elle la sentait irradier, ne pouvait la contenir, et, bientôt, toute la pièce vibrait au rythme saccadé de son coeur. L'ampoule de l'applique se mit à clignoter par intervalles, et la minuscule vitre était sur le point de s'ouvrir, des courants d'air violents en frappaient le carreau, et la poignée tournait imperceptiblement.
L'agresseur parut s'inquiéter, mais il ne semblait pas surpris le moins du monde par ces manifestations étranges.

- Ne criez pas. Je ne vous veux aucun mal! Je suis de votre côté. Vous êtes en danger. Dit il tout bas, en relâchant son étreinte.



# Posté le jeudi 17 janvier 2008 08:30

Modifié le samedi 19 janvier 2008 18:45

L'inconnu se dévoile

Judith tenta de se calmer. L'inconnu dégageait des ondes étranges, et elle ressentait son âge. Son âge véritable.
C'était de loin la plus vieille personne qu'elle ait jamais approchée.

Les bras qui la maintenaient se déserrèrent, et elle se précipita pour allumer la lumière. L'applique diffusa sa leur jaune et Judith vit qui lui faisait face. C'était, en apparence, un homme jeune, à la peau légèrement bronzée. Son menton était carré, ses joues marquées, il portait une barbe de quelques jours et il avait de beaux yeux d'un bleu lagon, à demi dissimulés derrière ses mèches brunes, gardées assez longues pour être coiffées à la mode. Il était très grand, large d'épaules et était vêtu de vêtements très tendances: un jean large, porté bas, une veste de jogging grise, et des baskets de marque.
Judith le contempla la bouche légèrement entrouverte, en fronçant les sourcils.

- Qui êtes vous?

L'inconnu sourit, et Judith vit qu'il avait un magnifique sourire.

- Je m'appelle David.

Tout à coup un courant d'air entra dans la pièce, et Judith vit autour d'elle des centaines de visages, d'hommes et de femmes. Des centaines de gens qui l'entouraient. Elle vacilla, se retint au mur. La vision s'évanouit, elle n'avait duré que quelques instants..
David se précipita vers elle et la soutint, elle tremblait comme une feuille, et ses dents claquaient bruyamment.

- Vous êtes un vampire...Souffla-t-elle. Ses yeux verts rencontrèrent les yeux bleus, et elle sut qu'elle avait raison.

- Bravo. Je suis un vampire, en effet...Mais je suis abstinent depuis plusieurs siècles. La rassura David.

Judith l'observa un instant avec méfiance. Les vampires étaient souvent manipulateurs et menteurs. Les abstinents, qui avaient renoncé au sang humain, étaient très rares. Pour un vampire, un tel sacrifice était très difficile à faire, et vivre parmi les humains sans boire leur sang tenait du supplice de Tentale. Judith n'avait croisé que peu de vampires dans sa vie, la plupart étaient vampires depuis, tout au plus, un ou deux siècles, victimes de la malédiction congénitale qui se transmet de père en fils et de mère en fille depuis des millénaires. Elle avait croisé des sorcières, des croque-mitaines ou des Nains très vieux, mais ce vampire devait avoir eut une vie très longue. Les gens de sa race n'avaient pas fondamentalement besoin du sang humain pour survivre, mais il décuplait leurs pouvoirs de manière spectaculaire. Chez eux, la morsure était souvent associée à un comportement sexuel, et les vampires ne mordaient que des personnes qui les attiraient, ou bien, au contraire, de leurs pires ennemis, afin d'aspirer leur pouvoir. Il arrivait ainsi que se produisent des duels de vampires, à l'issue desquels le vainqueur vidait le vaincu de son sang.
Judith craignait ces suceurs de sang plus que les autres créatures magiques, à cause de leur puissance et de leur immortalité.

- Pourquoi devrais-je vous faire confiance? Articula enfin Judith, en tentant de se redresser.

David haussa les épaules.

- Je ne peux pas vous y forcer.

Judith fit glisser la fermeture éclair de sa doudoune, posa son sac à terre, puis croisa les bras. Elle se redressa au maximum pour pouvoir faire face dignement au vampire, qui était très grand.

- Expliquez moi. Vous avez trente secondes. Dit elle.

- Très bien...Soupira David. Vous êtes une sorcière, et ça, vous le savez. Ce que vous savez moins, c'est que vous n'êtes pas n'importe quelle sorcière. Il y a plus de deux mille ans a été créé un Ordre, l'Ordre de la Vipère, qui était destiné à éliminer les sorcières afin de préserver la destinée d'un seul homme: Alaric.

Judith l'interrompit.

- Alaric? Celui qui a mit Rome à feu et à sang?

- Lui même. Un homme fourbe, dangereux, cruel, puissant....un démon. Seule une sorcière peut le tuer, et il s'emploie depuis des millénaires à les détruire. Ils ont manipulé la papauté afin d'établir l'Inquisition, au Moyen-Age. Vous n'imaginez pas à quel point ils sont puissants...Alaric exerce une mauvaise influence sur toutes les créatures magiques, et se plaît à semer la discorde parmi les hommes. Je vous supplie de me croire...lui et son bras droit Théobald de Valmontcastel vous ont trouvé. Ils veulent vous tuer. Bientôt. Je vous offre ma protection...Jusqu'à ce que vos pouvoirs soient assez développés pour mettre Alaric définitivement hors circuit. Récita le vampire.

- Je connais ce Théobald...Chuchota Judith en fronçant les sourcils.

- Et moi donc...Siffla David avec un sourire amer.

Judith redressa la tête.

- Dites moi plus sur lui. Demanda-t-elle.

- J'ai fait partie de sa troupe, lorsqu'il était chevalier. Un excellent combattant. Peut-être le meilleur guerrier que j'aie jamais croisé sur ma route. Il a trahi Alaric, en épousant en secret une sorcière infiniment puissante. Pour se venger, Alaric a attaqué son fief lorsque nous étions en croisade. Ce fut un véritable massacre: quand nous sommes revenus, deux jours après, les villageois qui n'avaient pas été massacrés rassemblaient leurs affaires pour fuir. La mère de Théobald était prostré dans une chapelle, au pied du Christ, et murmurait sans cesse le nom de Suzanne...Je n'oublierai jamais le visage de Théobald de Valmontcastel lorsqu'il a vu le bûcher de fortune où le corps carbonisé de sa femme était toujours attaché. Je n'oublierai jamais son cri, ses larmes, son délire. Il a voulu tuer Alaric, ce jour-là. Il aurait tué tous ceux qui se seraient mis sur sa route...Seulement, le pacte qui le lie à l'Ordre est magique, et ne peut se rompre. Alaric, lui,a décidé de pousser plus loin encore le châtiment de son bras droit: il l'a rendu immortel. Lié à lui pour l'éternité, sans pouvoir lui porter atteinte. Théobald déteste Alaric. Il le hait autant qu'il est possible de haïr. Suzanne n'était pas une simple amourette...Il n'a touché aucune femme depuis sa mort. Elle hante son esprit. Elle, et le fils qu'elle n'a jamais eu. Expliqua David.

Judith baissa la tête.

- La pauvre...Murmura-t-elle.

David sourit.

- Ne te méprends pas. Suzanne n'était pas faible...Elle s'est défendue jusqu'à la mort, et si des villageois ont survécu, c'est grâce à elle. Elle a même réussi à crever un oeil à Alaric. Théobald et Suzanne vivaient une histoire formidable, c'était la force qui les unissait. Ils avaient une aura, une puissance formidable, une intelligence redoutable. C'était un couple de lions, de fauves. Suzanne de Troyes n'avait rien d'une jeune fille vulnérable. C'est pour ça qu'au lieu de s'appitoyer, Théobald a voulu se venger. La mort d'un fort ne se pleure pas, elle se venge. Cela fait des siècles que Théobald cherche en vain un moyen de se défaire de l'engagement qui le lie à l'Ordre.

Judith fit deux pas et se laissa tomber sur son lit. Elle se prit la tête dans les mains.

- Qu'est-ce que je peux faire? Alaric, le destructeur de Rome m'en veut...C'est complètement fou...Murmura-t-elle.

David s'assit à côté d'elle.

- Je peux vous aider. Je sais que je n'en ai pas l'air, mais je suis un habitué des champs de bataille.

Judith leva la tête. A nouveau, elle croisa le regard bleu.

- Je peux vous poser une question? Demanda-t-elle.

- Je pense que je vous dois bien ça. Aquiesça David.

- Quel âge avez-vous?

David sourit.

- Des chiffres vous paraîtraient effrayants...Disons que je suis né en Egypte, d'une famille d'esclaves Hébreux. J'ai fui, traversé des empires, où je me suis engagé comme milicien...Un beau jour je me suis retrouvé dans vendu comme esclave à Rome. J'ai été gladiateur. J'ai traversé l'antiquité, j'ai participé à la guerre des Gaules, j'ai vu les massacres des chrétiens - une bande de fanatiques complètement fous, à l'époque- plus tard, au Moyen- Age, j'ai continué dans les métiers de guerre. J'ai combattu des Anglais, j'ai fui...Je me suis retrouvé dans l'armée de Mohamed Fatih pendant la prise de Constantinople, j'ai participé à des croisades, d'abord côté chrétien, puis, après le massacre de la femme de Théobald, j'ai fui encore, et je me suis engagé chez les Turcs. J'ai voyagé. Je suis remonté jusqu'en Russie, je suis revenu en France à la Renaissance seulement. Mes talents en langues anciennes et modernes m'ont profité. J'ai trahi, assassiné pendant la révolution. Fui à nouveau. J'ai vu d'autres révolutions, des révolutions industrielles...J'ai été communiste. J'ai participé à la première guerre mondiale, à la seconde. Après Constantinople, j'ai cessé de mordre. Je connaissais trop les hommes; je leur ressemblais trop pour leur faire du mal. Voilà.

Judith garda les yeux fixés sur le visage de David. Sa bouche était entrouverte, et ses sourcils noirs froncés.

- Vous êtes malheureux. Déclara-t-elle. Ce n'était pas une question, mais un constat.

A nouveau, les yeux bleus se posèrent sur les siens. Le temps parrut s'être suspendu, les paupières de Judith battirent, ses longs cils noirs effleurant ses joues. Le regard de David était perçant, inquisiteur, intelligent, un peu menaçant, et intimidant.

- Pourquoi me protéger? Souffla-t-elle.

- Parce qu'Alaric a ruiné mon éternité. Répondit David sur le même ton.

Tout à coup la voix râpeuse et grave de Marie résonna, rappelant Judith à la réalité.

- Jud'?

Judith leva la tête, et sourit nerveusement. David posa un regard indifférent sur la magnifique créature qui se tenait dans l'encadrement de la porte.

- Tu nous présentes? Demanda Marie, avec un sourire enjôleur et un regard aguicheur en direction de David.

Judith se leva, mit ses cheveux volumineux et incroyablement lisses derrière ses oreilles.

- Heu...bien sûr...Voici David. Judith s'interrompit. Elle ne voyait pas quoi dire d'autre. Le faire passer pour un membre de sa famille? Cela aurait parut stupide, puisqu'elle n'en parlait jamais. De toutes façons, Marie ne demandait pas tant de précisions, et qui il était lui importait peu.

David eut un hochement de tête pour Marie.

- Tu ne m'avais pas dit que tu connaissais des garçons aussi mignons? Susurra Marie en se léchant les lèvres.

Judith croisa les bras, rougit et baissa la tête. Elle recula un peu. Elle détestait ce genre de situations.

- Au cas où tu voudrais que nous fassions plus ample connaissance...Ma chambre est juste à côté...Sussura Marie.

David esquissa un sourire un peu distant, et la jeune fille blonde lui fit un clin d'oeil avant de retourner à sa chambre. Le vampire tourna la tête vers Judith.

- Qui est cette humaine? Demanda-t-il.
- Marie, une copine. Répondit timidement Judith.

David hocha la tête et regarda vers la porte, à l'endroit où Marie se trouvait quelques secondes plus tôt. Judith supposa que son charme faisait effet sur tous les individus de sexe masculin.

- Je vais vous surveiller. Je ne vous lâche plus d'une semelle...Dit il d'un air distrait, le regard toujours posé sur la porte.

Judith retira sa doudoune, et l'accrocha à un ceintre, qui était suspendu à un porte manteau, laissa ses cheveux glisser sur son visage, espérant qu'ils cacheraient ses yeux.

- Vous voulez peut-être passer la nuit dans la chambre de Marie? Pour ma part, je vais prendre ma douche...Je ne tiens pas vraiment à ce que vous veniez. Fit elle sans le regarder.


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Je compte écrire la suite bientôt! Pas trouvé d'image pour cet article...Si proposition, n'hésitez pas!

# Posté le dimanche 20 janvier 2008 11:45

Modifié le samedi 26 janvier 2008 17:29

David et Judith

David et Judith
Judith tourna le robinet de la douche, et l'eau s'arrêta progressivement, en faisant gargouiller les tuyaux. Elle resta prostrée ainsi, frissonante, la main sur l'acier humide, ses cheveux mouillés dégoulinants sur sa nuque et son front. Une goutte d'eau glissa le long de son nez, sur ses lèvres, puis tomba dans un bruit léger sur le fond de la cuvette de douche.
Le risque, lorsqu'on prenait sa douche le soir, c'était de ne plus avoir d'eau chaude. Pour Judith, c'était toujours le cas, mais elle ne s'en plaignait jamais: cela lui rappelait la campagne, quand son arrière grand-mère faisait chauffer de l'eau dans une casserole, qu'elle jetait ensuite dans une bassine d'eau froide, afin de lui préparer un bain. L'eau n'était jamais tiède, toujours glacée ou brûlante, mais Judith, l'enfant bizarre, ne semblait pas gênée par la sensation désagréable qui brûlait ou refroidissait sa peau. Son père et sa mère disaient qu'elle était handicapée, mais son arrière grand mère, elle répétait sans cesse 'L'est solide, c'te gosse...Survivrait à tout, c'te gosse. L'a peur de rien, pis rien n'a peur d'elle....'. En effet, Judith était solide. Pas un pleur, pas un cri lorsqu'elle tombait, faisait des cauchemars ou était la risée de toute son école. Elle n'avait peur ni du noir ni des bêtes, et les chiens, les chats, les renards, les fouines et les oiseaux l'approchaient sans crainte.
Judith observa ses doigts de pieds rougis par l'eau fraîche, et l'eau qui s'en allait en tourbillonant lentement. Il lui arrivait parfois d'avoir la sensation bizarre qu'elle n'avait sa place nulle part. Il y avait toujours un temps de décalage, entre elle et les autres. Une distance, un mur infranchissable, qui la poussait à se retrancher dans sa solitude. Pourtant, elle les comprenait, les autres. Ils l'intriguaient. Mais elle gardait toujours ce sentiment d'être différente.

Elle redressa la tête, se retourna, et attrapa sa serviette de bain. Elle se frotta vigoureusement pour se réchauffer, puis essuya ses cheveux. Elle se pencha pour prendre ses sous vêtements, qui étaient posés sur le tabouret destiné à cet effet. Elles les enfila puis mit son pyjama, après quoi elle récupéra sa trousse de toilette et sortit. Elle traversa les couloirs, croisant quelques étudiants qui rentraient dans leurs pénates, puis poussa la porte de sa propre chambre.
Elle était vide, et, sur le lit, une petite feuille de papier portait une jolie écriture aux ondulations moyen-âgeuses.
Suis dans la chambre de Marie. Crie en cas de besoin.

Judith déposa le petit mot sur le bureau, puis se laissa tomber sur son lit, et resta à contempler la petite fenêtre de sa chambre. Elle ne voyait à travers que des points lumineux de la ville. Pour le reste, c'était sa propre chambre qui s'y reflétait.

Tout à coup, une sensation de froid intense l'emplit. Quelque chose bougea dans son esprit, et un sifflement rauque résonna à ses oreilles, rapidement suivi par les pleurs étouffés d'un enfant.
Judith se redressa brusquement, se leva de son lit, tituba jusqu'à son bureau, le souffle court.
Ses mains tremblantes achopèrent une feuille et un crayon, et, appuyée au mieux contre le faux bois du meuble, sa main traça des lignes nerveuses et rapides. L'ampoule de l'applique se remit à clignoter, et Judith avait du mal à reprendre son souffle.
Au moment où la sensation d'étouffement était à son apogée, le carcan qui l'emprisonnait sembla exploser, et elle tomba au sol.
Judith se releva péniblement, et observa son dessin. Un vieil immeuble, dont certaines fenêtres étaient condamnées. Elle prit sa doudoune, enfila ses baskets, et sortit de sa chambre, son dessin plié dans la poche.
Elle hésita un moment devant la porte de la chambre de Marie, s'approcha, entendit quelques cris et gémissements, puis s'engouffra dans le couloir et descendit les marches quatre à quatre.

Le froid de l'hiver heurta son visage.

- Où tu vas? Demanda une petite voix derrière elle.

Judith n'eut même pas besoin de se retourner pour savoir que c'était Lise. Elle avait reconnu sa présence.

- J'ai trouvé un croque-mitaine...répondit Judith.

Elle s'enfonça dans la nuit.


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David s'assit dans le lit, le dos appuyé contre le mur, et croisa les bras derrière sa tête, faisant saillir ses muscles puissants. Il avait gardé son corps de gladiateur, de guerrier, de voyageur.
Marie le regarda avec des yeux brillants, et remonta son drap au-dessus de sa poitrine, sa main caressa la poitrine dure de son nouvel amant.

David ne lui accorda pas même un regard. Ils étaient dans cette chambre depuis plus d'une heure, et tout le long de l'action, il n'avait pas daigné gratifier Marie ne serait-ce que d'un gemissement d'encouragement. Il ne l'avait pas regardée non plus, et avait conservé un air grave, comme s'il eût été préoccupé par quelque chose.

- Ca va pas, bébé? Demanda Marie, en faisant la moue avec sa bouche épaisse.

- Ca t'intéresse? Siffla-t-il.

Marie eut un mouvement de recul. Elle aussi s'assit dans le lit, le dos contre le mur. Elle fouilla sur la table de nuit, prit une cigarette dans son paquet, et l'alluma. Les détecteurs de fumée étaient obsolètes, et personne ne prêtait attention au règlement, ni les étudiants, ni le personnel. Elle tira une ou deux bouffées, tapota la cigarette au dessus du cendrier, puis la ramena à ses lèvres.

- Tu la connais bien, Judith? Demanda-t-elle.

David eut un haussement d'épaules.

- Non. Je doute que qui que ce soit la connaisse, d'ailleurs. Rétorqua-t-il sèchement.
- Je me demande ce qu'elle a. Tu crois pas qu'elle aurait pu être violée dans son enfance, ou je sais pas quoi? Demanda Marie, en regardant le plafond d'un air interrogateur.

- Tu ramènes vraiment tout au sexe, ou ça t'arrive de penser à autre chose? Fit David en se levant du lit.

Il enfila son caleçon et ses vêtements, et Marie resta en contemplation devant son dos musculeux, sur lequel était tatoué un oiseau noir et blanc, dont la belle tête noble et fière était parée de plume, ailes écartées, il tenait entre ses longues pattes pourvues de serres crochues un serpent noir, qui paraissait à l'agonie.

- C'est quoi, une cigogne? Demanda Marie.

David poussa un profond soupir.

- C'est un serpentaire. Beaucoup plus grand qu'une cigogne.

Il acheva de s'habiller et ouvrit la porte de la chambre.

- On se revoit? Hasarda Marie.

David se retourna lentement, et esquissa un sourire mauvais et méprisant, qui fit frissonner Marie.

- Qu'est-ce que tu croyais? Dit il en riant à demi.
Marie tira une longue bouffée, et essaya de prendre un air détaché.
- C'était...juste du sexe?
- Je ne vois pas pour quelle autre raison je m'interesserais à toi. Lâcha David, avant de sortir en claquant la porte, laissant Marie seule, et triste pour la première fois.

David frappa quelques petits coups à la porte de Judith. Il n'y eut pas de réponse. Il pensa qu'elle s'était endormie, et ouvrit doucement la porte. La chambre était vide, l'édredon avait encore la forme du corps de Judith, et un crayon de papier avait été abandonné au sol. Le placard avait été ouvert, et Judith, dans sa précipitation, ne l'avait pas refermé.
David cracha un juron en hébreu, puis sortit de la chambre, et dévala les escaliers.

Il mit tous ses sens en éveil, pour retrouver une jeune sorcière en pyjama, aux cheveux mouillés, qui avait fui dans la ville. Il s'en voulut d'être allé voir Marie. Il s'en voulut de n'être pas un meilleur compagnon pour une sorcière. Après tout, qui d'autre pourrait comprendre la solitude d'un vampire?
Il s'élança dans la nuit, le coeur battant.

# Posté le lundi 28 janvier 2008 17:31

Modifié le mardi 29 janvier 2008 16:04

Le croquemitaine

Cela faisait une heure que Judith avançait. Elle ignorait où elle était réellement, et tentait de se souvenir du chemin qu'elle avait parcouru.
Son coeur battait dans sa poitrine, et elle accélérait le pas, traversant les rues périphériques aux vieux bâtiments délabrés, se hâtant, autant que cela lui était possible, jetant derrière elle des regards furtifs et affolés.
L'enfant était encore en vie.

Enfin, sans savoir pourquoi, elle s'engouffra dans une ruelle obscure, et reconnut presque immédiatement l'immeuble gris, aux murs sales et aux fenêtres condamnées.

Elle prit une profonde inspiration. Elle était seule, et elle le savait. Lise n'était plus là. Face aux monstres, elle était toujours seule.

En tremblant, elle s'approcha de la porte de bois moisi, inspira encore une fois, puis sa main se posa sur la poignée de métal noirci. Elle dut s'appuyer contre le battant pour qu'il cède, mais la porte s'ouvrit presque sans résistance.
Judith leva les yeux sur les escaliers de vieux bois, recouverts de poussière, et jeta un regard au linoléum à ses pieds, où une longue traînée propre se démarquait de la saleté et des cadavres d'insectes.
Judith ferma les yeux, respira doucement, se laissant porter par les ondes qu'elle percevait. Il y avait une présence à l'étage.
Ses paupières se levèrent sur ses iris verts, et elle entreprit de monter les marche. Comme Suzanne, Judith était capable d'être extrêmement silencieuse.
Plusieurs portes s'ouvraient, sur le palier du premier étage, et, d'instinct, Judith poussa la deuxième.
A l'intérieur, il faisait noir, mis à part quelques rais de lumière pâle qui entraient dans la pièce, par les interstices laissés entre les planches qui baraient les fenêtres.
Judith fit un pas dans la pièce.
- Petit...Montre toi. C'est fini. Je ne te veux aucun mal. Viens.

Tout resta étrangement silencieux pendant encore quelques secondes. Puis, enfin, un petit reniflement se fit entendre, discret, au fond de la pièce.
Judith s'y précipita, elle ne voyait rien, rien d'autre qu'un petit tas sombre et tremblant, elle s'agenouilla, posa sa main sur le corps frémissant de l'enfant.

- Je m'appelle Judith. Dit elle tout bas. Et toi?
- Arthur. Lui répondit l'enfant.

Judith parrut soulagée. L'enfant n'avait pas encore oublié son prénom. Elle mit ses bras autour de l'enfant, cherchant sa taille, le souleva.
- N'aie pas peur, Arthur. Je vais te faire sortir d'ici, tu veux? Chuchota-t-elle.

Judith perçut le hochement de tête du petit garçon, et marcha vers la porte, tout à coup effrayée. Elle pouvait ressentir l'approche du croquemitaine. Arthur aussi, et il s'accrocha désespérément à son cou. C'est là que Judith sentit le liquide chaud lui couler sur la nuque, elle deglutit, préférant ne pas imaginer de quoi il s'agissait.
L'aura du croquemitaine se rapprochait, et elle sortit précipitemment de la pièce. Trop tard.

Le croquemitaine se tenait entre elle et les escaliers.
Il était grand, et Judith s'en étonna, car ces créatures étaient d'ordinaire plutôt courtaudes. Mais là, elle avait en face d'elle un vieillard très grand, maigre et décharné, dépourvu d'oeil, mais dont les mains avaient de nombreux doigts. Six à gauche, et neuf à droite. Il portait un vieux costume, à collet monté, et avait de très longs cheveux blancs et fins. Il esquissa un sourire, dévoilant ses dents immenses, pointues et jaunes.
Judith se baissa, sans perdre de temps, et traça un cercle autour d'elle dans la poussière, sans lâcher le pauvre Arthur, qui était terrorrisé.

- Sorcière-Sorcièèère....Siffla le croquemitaine.

Le coeur de Judith battait à tout rompre.

- Recule, monstre. Lâcha-t-elle en tremblant.

Un rire sardonique secoua la poitrine rachitique de la créature.
- Pas d'ordre. Non, pas d'ordre. Ils sont revenus, les maîtres, ils te détruiront...Sorcière-sorcière... Hacha-t-il, avant d'éclater de rire à nouveau.
Avec une vigueur et une vitesse qu'on ne lui aurait pas soupçonné, le croquemitaine se jeta en avant, droit sur Judith et Arthur. La jeune fille serra un peu plus le petit garçon, ferma les yeux, et se concentra sur le cercle qu'elle avait tracé. Elle l'imaginait tel un mur, une barrière.
Un sifflement rauque lui fit rouvrir les yeux. Le croquemitaine rampait au sol, ayant manifestement pris de plein fouet la puissance de son sortilège.

- Sorcière-sorcière. Tu te crois forte? Tu te trompes...Je suis...Bien plus...fort...que...toi...maintenant que le maître est revenu...Sorcière-sorcière!!! Dit il.

Une des grandes mains pourvues de trop de doigts pénétra dans le cercle, et Judith ne put contenir un hurlement de surprise. Le monstre la saisit à la cheville. Les cris d'Arthur lui perçaient les tympans.

- ARRIERE! Hurla-t-elle, se concentrant sur son ordre, y donnant autant de puissance que cela était possible.

Toujours au sol, le croquemitaine fut alors comme traîné par une force invisible, à deux mètres d'elle. Il lacérait le parquet de ses ongles, et sifflait et crachait de fureur.

- Sale...SORCIERE! Hurla à son tour le monstre, et il se releva sur ses longues jambes maigres.

Judith le contemplait, incrédule. C'était la première fois que quiconque réussissait à violer son cercle de protection, et aussi la première fois qu'on se remettait aussi vite de ses sortilèges. Quelque chose où quelqu'un avait renforcé les créatures. Elle se souvint de ce que David avait dit, à propos de la mauvaise influence de l'Ordre de la Vipère, et elle regrettait à présent de ne pas lui avoir demandé de l'accompagner. A présent elle était seule pour affronter un croquemitaine beaucoup plus fort que tous ceux qu'elle avait jamais rencontré.
Le monstre revint à la charge, se jeta sur elle. Judith déposa Arthur derrière elle....

# Posté le mercredi 30 janvier 2008 15:15

Modifié le samedi 02 février 2008 11:19

Les Persos prennent vie

Les Persos prennent vie
Attention mesdames et mesdames, je vous présente avec fébrilité....Mes petits persos!!!! Pour commencer, voilà Judith

# Posté le dimanche 24 février 2008 13:32